Return to Le travail en train de se faire

 

Trop de lumière

 

Mesurer ce qui est ignoré

 

Angles morts mis au jour

 

Bouleversante histoire des corps

 

Lourde, dense et puante

 

Inconfortable

 

Alors on ferme un musée comme on brule une bibliothèque

 

 


Comment rendre compte des heures passées dans les livres et dans les bibliothèques ? Les auteurs me parlent, depuis des temps plus ou moins lointains. Je les écoute, j’essaie de comprendre d’où proviennent leurs connaissances et à qui s’adressent leurs savoir-faire. Je les lis avec le corps que j’ai aujourd’hui.

 

La tête et le cœur encore pleins des histoires recueillis l’an dernier, j’ai beaucoup fréquenté la Bibliothèque de la Santé puis celle des livres rares. J’ai eu envie de juxtaposer des textes et des illustrations médicales aux entretiens-fleuves, savoir-faire plus ou moins anciens contre paroles vives de femmes. Me pencher sur des connaissances ‘passées date’ me rappelle que la ligne est fine entre science actuelle et science désuète. Ce qui ne parait être que folie et élucubration farfelue aujourd’hui a déjà été accepté comme étant vérité et science exacte hier. Me rappeler ceci, l’inscrire sur des post-its, le tatouer sur ma peau et continuer à poser trop des questions, à être critique de pratiques qui s’autorisent à choisir ce qui est bon pour mon corps de femme.

 

Lire à voix haute dans un espace public n’est pas anodin. Que lit-on ? Sur quel ton ? Pour qui ? L’envie de présenter une performance à la Bibliothèque de la santé me taraude. Si les rayonnages passent d’un étage à l’autre, entre les planchers, pourquoi pas ma voix ? Perchée sur une échelle près du plafond, je pourrais offrir des textes en lecture entre les étages des rayonnages, en voix off, comme une narratrice aussi invisible qu’insistante. Mélopée de textes plus ou moins anciens de scientifiques depuis longtemps décédés remis en question par des paroles vives de femmes rencontrées véritablement. Et si nous pouvions leur répondre ? Et si nous pouvions témoigner des états limites où notre corps ne nous appartient plus, où d’autres prennent des décisions pour notre bien, des décisions qui, malgré le temps qui passe, nous glacent encore le sang ?

 

En guise d’intermède, entre les visites aux bibliothèques, j’ai aussi visité le Musée d’histoire dentaire de l’Université avant que ce dernier ne ferme ses portes pour faire place à un café étudiant. Plusieurs objets là-bas m’ont fascinée : un tératome, une boule de chair, de dents et de cils - du vivant qui s’est trop affolé pour créer un être viable ; une série de squelettes de fœtus dressés sur leurs jambes, présentés comme des adultes - leur fragile cou supportant un crâne immense ; un cadre de velours noir sur lequel les os d’un squelette de fœtus étaient étalés - pour faire joli. Une fois le musée fermé, qui s’occupera de ces ‘choses’ qui ont presque été des êtres ?

 

Il faudrait donner de la voix.