Return to Le travail en train de se faire




J’aime les mots savants et j’ai un faible pour les mots désuets. Ça sonne bien dans la bouche et sur la langue, derrière les dents. Comme Conciliabule, pour se chuchoter des secrets en tête-à-tête ; palabres, pour se réunir en assemblées et décider ensemble ; palaver, pour discuter trop longuement, à plusieurs et en prenant soin d’ajuster nos langues.

 

Une semaine d’explorations au Centre d’exposition de l’Université de Montréal, vide à cause de la pandémie, vide parce que la culture qui ne se monnaie pas est dangereuse, vide, car notre gouvernement sacrifie la culture au profit du profit.  Au CEUM donc, j’ai apporté une grande boite pleine de choses : pochettes de papier journal, dents de géante, matières plastiques, matières réfléchissantes, toute ma collection de gants, une loupe autoéclairante, une minuscule paire de ciseaux, des ailes translucides et des confettis. Je suis seule aujourd’hui dans cet espace qui résonne, ma propre respiration se superpose à celle du lieu. Une respiration mécanique garantie propre propre. C’est moi le virus aujourd’hui. Je bouge, je tâte et tâtonne, chantonne des berceuses pour enfant avec la caméra cubique coincée entre les dents.

J’essaie ici de faire parler les choses que j’ai assemblées et construites à l’atelier. J’essaie d’imaginer les rencontres à venir, les œuvres à inventer.