Return to Le travail en train de se faire




Bruit confus qui s’élève d’une foule / Onomatopée comme sous-titre pour documenter l’avancement de la recherche-création / Terme particulièrement satisfaisant en lien avec Ces langues que parlent les femmes

 

Hélène Cazes, lors de sa conférence pour le Medical Heritage Library du 13 novembre, propose de penser à l’histoire de la médecine comme une cartographie plutôt qu’une ligne du temps. Un territoire à explorer en tous sens et avec des allers et des retours plutôt qu’un déplacement linéaire suggérant consensus et progrès. Une cartographie pour rendre compte du brouhaha, des voix du passé, des disputes et désaccords qui viennent brouiller le présent. Dans The Cosmopolitical Proposal, Isabelle Stengers propose de se réapproprier la pratique du palaver,  discussions longues et difficiles qui réunissent plusieurs voix dissonantes et discordantes. Bref, avancer ensemble lentement en acceptant le tâtonnement : quelques pas en avant, d’autres vers l’arrière et certains de côté.

 

Un brouhaha donc :

 

Août 2020. Lecture de l’article de Sara Cohen Shabot sur les violences obstétricales, Making loud bodies feminine. Cela m’a donné envie de renverser le titre pour proposer : Making feminine bodies loud et pourquoi pas : How to make feminine bodies loud? Comment accueillir et recueillir les voix et expériences des femmes à rencontrer? Comment m’assurer de les faire entendre?

 

Septembre 2020. Au fond de ma boîte d’archives destinées au collage, j’ai retrouvé quelques pages déchirées d’un vieux livre sur la mère canadienne française. La seule section que j’ai conservé documente un rituel de préparation pour une naissance à domicile : disposer les meubles et objets autour de soi de manière efficace ;  préparer les liquides, onguents et instruments nécessaires ; assembler des pochettes de papier journal pour recueillir les souillures et chairs sanguinolentes lors de l’accouchement. Se préparer soi-même et avec les moyens du bord. Accueillir la naissance avec des mots, avec les mots du présent, de l’actualité, des événements qui agitent le monde de l’autre côté de la fenêtre. Je relis le texte, suis les étapes, respecte la marche à suivre et refais ces objets des décennies plus tard. Je pense à ces femmes qui prenaient en charge leur propre accouchement. Corps puissants, corps agissants. Quand sommes-nous devenues des gisantes?

 

Octobre 2020. Beaucoup de lecture : textes scientifiques, historiques, féministes, fanzines, quelques bédés. Je lis et relis les centaines de témoignages sur la page de La grossesse en confinement. À l’atelier, plusieurs matières sont déployées sur les tables : aquarelles et eaux turgescentes ; pochettes de papier journaux violacées ; petits triangles de matière molle et métallisée ; languettes de papier pour recueillir mots et maux.

 

Novembre 2020. Préparer matières, objets et vêtements pour tester des gestes performatifs. Un espace vide et vaste pour une semaine d’exploration en décembre! Un espace rempli d’écho pour accueillir mon brouhaha intérieur. Une caméra 360 degrés pour déformer le corps, pour le retourner sur elle-même.