Return to Le travail en train de se faire




Je ne sors plus ou à peine. J’ai ramené l’essentiel de l’atelier : ma boite d’aquarelles et quelques pinceaux, des petites chutes de papier. Je m’installe à la table de cuisine : j’écoute trop la radio ; je nourris ma levain cheffe tous les jours et ma levain de gingembre tous les mercredis ; je passe du dessin à la popote sans m’en rendre compte ; les dessins sont parfois collants et, parfois, par distraction,  je prends un gorgée d’eau sale où trempent les pinceaux. Je laisse toutes les choses se mélanger, fermenter, attraper dans l’air les bactéries dont elles ont besoin pour survivre. Je ne sors plus ou à peine. J’ai appris à respirer prudemment, à me méfier de l’air.