Return to Le travail en train de se faire


 

J’ai commencé à habiter la Bibliothèque Osler différemment, une journée par semaine maintenant que l’exposition est en cours. En attendant la visite, je (re)travaille sur mon livre De Fabrica sans Vésale et je sens déjà que ce titre (plusieurs fois transformé) ne collera pas longtemps…

 

J’ai débuté ce livre d’artiste en 2015 dans un corps différent, me semble-t-il. Je reprends le travail lentement, des années plus tard, avec le même plaisir sauf que mon regard, lui,  a changé au fil des projets. Je poursuis la recopie des lettrines du De Fabrica, encore étonnée et admirative de ces micro-histoires grotesques sur la dissection : putti avec ou sans ailes qui jouent avec des couteaux bien affutés, qui dissèquent des sangliers, pillent des tombes, font bouillir des cranes…L ‘humour de ces petites cases contraste avec le ton scientifique (voire pompeux) des textes. Je peine à reproduire ces dessins, tant ils sont complexes, dans un livre dont les pages sont laissées presque vides. Je cherche une autre histoire dans les marges de ce récit scientifique, quelque part entre les lettrines irrévérencieuses  et cette illustration de l’utérus en pénis inversé où la femme est représentée comme un envers inquiétant, un double imparfait de l’homme. J’essaie de rendre l’invisibilité et le silence palpables, de leur donner corps à travers le mien.

 

Et puis voilà, l’idée d’en faire un palimpseste prend racine. Superposer des traces de livres publiés autour de 1543, date qui a vu paraître le De Humani Corporis Fabrica de Vésale et le De Revolutionibus Orbium Coelestium de Copernic. Si le premier remet en question des siècles d’enseignement de la médecine, le second prouve que la terre tourne résolument autour du soleil. Transformations extrêmes, métamorphoses de modes de pensée et d’actions, changements de paradigmes. Un troisième livre, publié quelques 50 ans plus tard me fascine aussi,  un traité de 1602 d’Aldrovandi portant en partie sur les insectes… Après les vers de livre, me revoilà prise sur le fait à (ré)intégrer larves et insectes ailés au travail en cours.