Theatrum Anatomicum (Mangeti), 1717

 

Lundi 17, mercredi 19 et vendredi 21 septembre

Je n’ai pas accès à un atelier sur place et cela était clair dès mon application pour la résidence. Je m’installe donc à une table immense avec un cahier de croquis neuf dédié au projet, un crayon mine (seul outil permis), une efface, un aiguisoir et ma petite loupe de lithographie. Les documents arrivent sur chariot, plusieurs chariots. Certains documents, les folios éléphants, remplissent complètement la table. Tous fragiles, ils doivent être couchés sur des coussins : un pour la tranche puis un de chaque côté pour empêcher le livre de s’ouvrir à plat. Je me retrouve encore à dessiner en public, loin de l’intimité de l’atelier.

 

Comment débuter ? La semaine dernière, j’ai demandé à Margaret, la chercheuse m’ayant précédé à Osler et partageant des intérêts de recherche similaires, de me laisser regarder son matériel. Elle a tout de suite accepté, chose rare, à ce qu’il paraît, dans le monde académique ! Je débute donc par un exercice de passation et intègre, à mon projet, l’étude de dizaines de manuscrits compulsés par elle, organisés sur plusieurs chariots et presque autant de tables. Une mini-bibliothèque à l’intérieur de la grande.

 



D'un feu à l'autre, Vardo, Norvège, avril 2018.

 

Résidence à la Bibliothèque d’histoire médicale Osler de l’Université McGill

À la mi-septembre, je débute quatre mois de recherche avec un accès privilégié à des atlas d’anatomie médicale et l’expertise des chercheurs visitant la bibliothèque ou y travaillant. Je m’intéresse principalement aux représentations du corps de la femme dans les manuels d’anatomie. Je terminerai aussi un projet de livre débuté en 2015, basé sur l’ouvrage De Fabrica de Vésale. Une exposition à McGill clora la résidence en janvier 2019.

https://www.mcgill.ca/library/branches/osler/awards/artist-residence

 

La bibliothèque Osler a été relocalisée au Pavillon McLennan suite à des dégâts causés par un incendie à la fin de l’été. Le feu des sorcières de Vardø me poursuit jusqu’ici ! Je me retrouve ainsi dans la Bibliothèque des Livres rares. La tentation est grande d’élargir ma recherche pour y inclure des traités de botanique et d’entomologie.

https://www.mcgill.ca/library/branches/rarebooks

 




Retrouver Florence 29 ans plus tard dans un autre corps.

Visiter les mêmes lieux et d’autres encore.

Choses vues et re-vues. Autres choses découvertes pour la première fois.

Choses étonnantes...pas nécessairement celles que j’imaginais.

 



...to breathe into me a little poison, that good and terrible poison...

Clarice Lispector

 

 

 

 

 

 

 




Défense du secret

Anne Dufourmantelle

 

P.18

"Il faut supposer ici une frontière, celle qui démarque le conscient et l'inconscient, ou plutôt, comme je n'aime pas substantifier les espaces psychiques, un devenir conscient et un devenir caché. Car on peut aussi être, à son insu, le dépositaire de sa propre histoire. Ce secret-là, on pourrait  dire que c'est lui qui vous garde."

 

P.33

"L'inconscient fut notamment "inventé" pour tenter de remédier à la question d'un certain secret du corps - celui qui s'occupe de notre désir et de ses avatars (les figures de son imaginaire). Que savons-nous de ce qui nous bouleverse, de ce qui nous terrifie, de ce qui nous fait désirer?De ce qui provoque notre courage ou notre lâcheté, de ce qui fait naître en nous une résolution? De ce qui a permis le calcul d'une équation laissée jusque-là orpheline?"

 

P.57

"Tout secret porte potentiellement en lui une charge de violence. Comment s'en délivrer sans exploser avec? La psychanalyse suppose une partition du désir qui sous-tend la vie même. Capter ce qui échappe, se faire révélateur d'un "négatif" à développer, c'est la possibilité dans laquelle se retrouve le patient vis-à-vis de lui-même, en quête d'une vérité qu'il ne connaît pas. Affronter le déni n'est pas une mince affaire. On préfère souvent s'en tenir aux alibis que la conscience s'offre à elle-même pour excuser ses préférences inavouables. Car nous rodins autour de l'innommable."

 



...Sur le mur, devant ma table à l'atelier...

 

 

The passion according to Carol Rama

An essay by Beatriz Preciado, The phamtom limb - Carol Rama and the history of art

P.27-28

 

'Somatheque' : a biopolitical apparatus

"In this context the notion of the 'somatheque' allows an understanding of the body as a living political archive: a biohistorical tapestry traversed by flows (blood, semen, milk, but also glucose, petroleum, text, power, image, desire, electricity...). These flows ultimately exceed the individual bidy and form part of a wider political and economic management."

 

 

 



 

Avaler de jolies roches. Une par une, les disposer affectueusement au fond de l’estomac. Lourd paysage qui ralentit la course folle des jours trop courts. Petit jardin minéral et roches dentues pour broyer les soucis.




Comment arriver?

Comment me déposer à l'endroit où je suis?

Comment étirer le temps ici?

Est-ce que simplement être ici est suffisant?

Comment arriver à tendre tendrement le temps?