Photo : Yasmina Moslim, 2019

Test enthousiasmant pour la performance du 20 septembre sous l’œil attentif de Yasmina Moslim.

 

Ce matin je voyage à travers les images prises par Yasmina hier et je précise mes idées, la matérialité de cette chose qui doit passer de la 2 à la 3-D en moins d’une heure. Je mesure maintenant pleinement ce que cette performance me coûtera physiquement.




Je voyage entre l’histoire des objets qui m’intéressent, les romans et essais trouvés chez C et les nouvelles sur internet qui me troublent et m’affolent. J est à l’hôpital encore une fois et encore une fois il se bat de tout son corps. De ce côté-ci de l’océan, j’essaie de convoquer toutes les présences possibles et inimaginables pour les lui envoyer, les lui transfuser à distance. Je reste collée à mon téléphone rose espérant de bonnes nouvelles. Les dessins qui prennent forme ici sont un peu plus sauvages que d’habitude.

 

‘On peut remonter à travers les couches de ses actes jusqu’à la dernière feuille pour y trouver la bonne limace qui rampe »

Djuna Barnes, Le bois de la nuit, p.104

 

‘Les sages disent que le souvenir des choses passées est tout ce que nous avons pour avenir. »

Djuna Barnes, Le bois de la nuit, p.105

 

«Ce que je veux, c’est être libre ! »

Berthe Morisot





Étendre la peau d’une chose ou d’un corps. En faire un vaste territoire. Travailler en parallèle la matière, les écailles, la peau, les plumes, le mou et le dur. Travailler l’hybridation à même la peau, bien avant la formation du corps, latent. Voir ce que la peau propose à l’être à venir.

 


Et bien sûr, ne pas oublier de pratiquer des ouvertures dans cette peau. Pores, orifices et abysses pour atteindre l'envers. Du dessous, regarder sans être vu. Kairos.




Les choses se mettent en place à l’atelier. Un certain rythme s’installe malgré les grandes chaleurs de juillet et la canicule de la semaine dernière. Les dessins et autres objets de papier sont les fruits d’étranges aller-retour entre les musées de la ville et l’atelier. Je redessine ici ce que j’ai vu et aimé là-bas, de façon imparfaite, incomplète, fragmentaire. Rapidement, les dessins deviennent leur propre sujet loin de l’impulsion de départ. Je me questionne beaucoup sur mon regard de chouette, sur mes yeux qui voient mal. Qu’est-ce que je vois que les autres ne voient pas ? En retour, qu’est-ce qui est invisible pour moi ?

 

Sur les tables de l’atelier, des petits livres insolents et un plus grand, presque architectural, occupent tout l’espace : des insectes, des femmes, des grenouilles et autres sphinges… Au sol, une grande surface de papier peinte de 2m carré pour faire une grenouille en origami. À chaque semaine, j’agrandis le papier et change l’échelle. 

 






Retour à l’atelier ce matin. Impossible de télécharger les images prises dans le Musée de la vie Wallonne hier. Mon téléphone et mon ordinateur ne se parlent plus, le logiciel que j’utilisais pour contourner le problème a subi une mise à jour. Impossible d’accéder à mes images.  Il me faut repenser (encore une fois) ma façon de travailler avec des archives…prendre le strict minimum de photos et faire passer les images le plus rapidement possible à travers mon corps, les dessiner avant de les perdre dans la machine imparfaite.

 

Depuis la crise du matin, je travaille donc à transcrire-transformer les choses vues hier sur les pages des carnets de croquis. C’est mieux ainsi finalement. J’ai tout de suite mes images de référence sous les yeux et à portée de main. Je pousse même l’audace jusqu’à effacer les photos une fois les dessins terminés. Vertige !

 

Parmi les choses trouvées au Musée hier : des objets familiers servant à jeter des sorts ; machines anciennes pour regarder des images en trois dimensions - photos inoubliables de femmes trimant dur dans les mines...

 



 

Journée grise et chaude, lumière douce à l’atelier. La table est remplie de toutes sortes de choses. Il fait bon d’être ici.

Une longue journée d’atelier aujourd’hui avant le dimanche qui m’interdit le travail ici.

Plein de choses à faire, tout plein d’envie contradictoires. J’aimerais pouvoir tout faire en même temps.




Hier, visite à l’Aquarium, musée de sciences naturelles avec A et S. Encore pris une centaine de photos floues de créatures aquatiques nageant dans leurs pots accompagnés de cartels dessinés et peints. Ces petites étiquettes sont extraordinaires ! Elles montrent des détails impossible à voir vu la taille des spécimens…c’est à se demander si une personne distraite ne s’est pas trompée…

 

Une matinée calme à l’atelier. Je butine. Je saute d’une idée à l’autre, d’un objet à l’autre, sans but précis. Réfléchir aux ailes pour mes grenouilles. Leur offrir la possibilité de sauter et de voler dans un même geste. Remplacer les maquettes des ailes en papier craft par des voiles de papier fin, dessinés et peints. Tout est lent ici parce que fragmenté mais c’est dans le mélange que je trouve ce que je cherche.






Premier jour dans l'atelier : deux tables, beaucoup beaucoup d'espace...

 

 

Voilà déjà deux semaines que je suis ici avec S et A en résidence aux RAVI à Liège.

Nous nous installons pour une résidence de trois mois dans un appartement confortable et un atelier immense…Comment cet espace surdimensionné va t-il influencé le travail à faire ?

 

L’idée de départ est de développer un corpus de travail lié aux résidences de recherche de Brucebo et d’Osler. Il y a aussi ce besoin de travailler le papier de façon sculpturale, de développer des formes alliant sculpture et livre d’artiste, de déployer des formes dans l’espace…de me libérer des murs…mais il y a cette petite voix qui me rappelle que tout doit rentrer à Montréal dans une grande valise.

 

Les premiers gestes ici sont étranges : dessins et aquarelles, bien sûr mais aussi des tests d’origami avec A qui me font explorer des grenouilles de papier de différents formats pour meubler l’espace, le paysage de l’atelier. J’explore toutes sortes d’idées folles qui semblent, par le seul fait qu’elles partagent le même espace, créer des liens entre elles. La magie opère bien ici !

 

 

Je lis beaucoup : romans et livres d’art sur la poésie, le jardin, le collage :

Un petit monde, un monde parfait de Marco Martella ; Papier-collants de Caroline Lamarche et Nathalie Amand ; La porte de Magda Szabo…

 

À Bruxelles durant la fin de semaine, j’ai découvert le travail d’une artiste sud-africaine qui m’a renversée : Minnette Vari http://minnettevari.co.za/

Sa vidéo Alien vue à Bruxelles au musée BOZAR est tout à fait étrange. Une des œuvres qui m’a le plus touchée dans l’exposition Incarnations – African art as philosophy

https://www.bozar.be/fr/activities/154489-incarnations