Défense du secret

Anne Dufourmantelle

 

P.18

"Il faut supposer ici une frontière, celle qui démarque le conscient et l'inconscient, ou plutôt, comme je n'aime pas substantifier les espaces psychiques, un devenir conscient et un devenir caché. Car on peut aussi être, à son insu, le dépositaire de sa propre histoire. Ce secret-là, on pourrait  dire que c'est lui qui vous garde."

 

P.33

"L'inconscient fut notamment "inventé" pour tenter de remédier à la question d'un certain secret du corps - celui qui s'occupe de notre désir et de ses avatars (les figures de son imaginaire). Que savons-nous de ce qui nous bouleverse, de ce qui nous terrifie, de ce qui nous fait désirer?De ce qui provoque notre courage ou notre lâcheté, de ce qui fait naître en nous une résolution? De ce qui a permis le calcul d'une équation laissée jusque-là orpheline?"

 

P.57

"Tout secret porte potentiellement en lui une charge de violence. Comment s'en délivrer sans exploser avec? La psychanalyse suppose une partition du désir qui sous-tend la vie même. Capter ce qui échappe, se faire révélateur d'un "négatif" à développer, c'est la possibilité dans laquelle se retrouve le patient vis-à-vis de lui-même, en quête d'une vérité qu'il ne connaît pas. Affronter le déni n'est pas une mince affaire. On préfère souvent s'en tenir aux alibis que la conscience s'offre à elle-même pour excuser ses préférences inavouables. Car nous rodins autour de l'innommable."

 



...Sur le mur, devant ma table à l'atelier...

 

 

The passion according to Carol Rama

An essay by Beatriz Preciado, The phamtom limb - Carol Rama and the history of art

P.27-28

 

'Somatheque' : a biopolitical apparatus

"In this context the notion of the 'somatheque' allows an understanding of the body as a living political archive: a biohistorical tapestry traversed by flows (blood, semen, milk, but also glucose, petroleum, text, power, image, desire, electricity...). These flows ultimately exceed the individual bidy and form part of a wider political and economic management."

 

 

 



 

Avaler de jolies roches. Une par une, les disposer affectueusement au fond de l’estomac. Lourd paysage qui ralentit la course folle des jours trop courts. Petit jardin minéral et roches dentues pour broyer les soucis.




Comment arriver?

Comment me déposer à l'endroit où je suis?

Comment étirer le temps ici?

Est-ce que simplement être ici est suffisant?

Comment arriver à tendre tendrement le temps?





Husk ! Snakk norsk!

 






 

 

Dernière journée ici. Liste des dernières choses à faire : marcher sur les plages et dans la forêt derrière la maison ; terminer les aquarelles des objets que je ne peux ramener avec moi (crabes, oursins, roches et algues) ; remplir mes poumons de l’air marin (faire le plein d’air en prévision du smog), mémoriser le dessin de la ligne des montagnes autour de l’île, faire le plein de cette lumière qui inonde tout, tout le temps.

 





 

Les pages du livres sont terminées, imprimées sur des pages d’un compendium pharmaceutique. Des petits livres où s’accumulent plusieurs couches de paysages : tableaux médicaux, lignes rappelant l’horizon ou la surface de l’eau et formes des objets ramassés durant mes marches au bord de la mer.

Durant une autre balade, en ville celle-là, j’ai trouvé un bouquin des années 70 sur l’art d’être femme…Les pages liées aux bonnes positions (sommeil et exercices) étaient toutes indiquées pour servir de couvertures à mes petits livres pharmatico-poétiques. Même les couleurs étaient justes. Ces trois livres, ensemble, ont quelque chose de performatif…

 





 

Le travail est intense à l’atelier. Je fais le deuil de ce que je croyais faire et je me concentre sur ce qui surgit. Je laisse aller. Le midi, j’essaie de sortir pour dîner, question de changer d’air. Le serveur m’apporte ma soupe et remarque mes mains encore tachées d’encre. Il ne dit rien. Takk. Takk. Takk.

Il y a beaucoup d’espace et de silence autour de moi cette semaine. La lumière entre de partout dans la maison et les aquarelle qui occupent tables, chaises et planchers sèchent rapidement. Les grandes flaques déposées sur le papier le soir sont déjà sèchent au petit matin. Je les étudie en sirotant mon café. Les dessins et les gravures me surprennent...c’est bon signe, je crois.